• La newsletter de Pôle emploi
    Le Fil des Elus
    & Partenaires

    Actualités | Initiatives | Perspectives
Vendredi 27 septembre 2019 tagFocus sur..., tagBretagne

Témoignages de Marie D., bénéficiaire d’un parcours IAE et de Christine Lucas, conseillère pôle emploi justice à Rennes

Marie, quel a été l’élément déclencheur de votre parcours de réinsertion ?
Je terminais une longue période d’incarcération. J’ai 36 ans.
Le service de probation et d’insertion pénitentiaire (SPIP) m’a proposé de préparer la sortie par un aménagement de peine dont l’une des conditions est d’être impliqué(e) dans un projet sérieux d'insertion ou de réinsertion. Le SPIP est une structure qui existe dans chaque prison et dans laquelle travaillent des conseillers d’insertion et de probation. Ils sont chargés d’accompagner les personnes dans leur globalité, tout au long de leur détention. 
En ce qui concerne le volet professionnel, je possède une expérience dans les métiers de la restauration mais je voulais faire table rase du passé, repartir à zéro. J’avais un projet professionnel dans le secrétariat bureautique. Avec mon accord, ma conseillère d’insertion m’a alors orientée vers Pôle emploi.

Christine, qu’avez-vous pensé du projet professionnel de Marie ?
Au premier rendez-vous, j’ai compris que Marie avait les capacités d’évoluer. Pourtant, au regard de sa situation passée et des difficultés d’embauche dans le secteur du secrétariat, son projet me semblait difficile à mettre en œuvre. Je lui ai proposé  de suivre un bilan de compétences pour rechercher d’autres métiers sur lesquels elle pourrait s’investir. Marie en a  accepté l’idée. J’ai alors demandé au SPIP de l’orienter vers cette prestation.

Marie, comment s’est passé ce bilan ?
Cela  s’est déroulé au Greta pendant un mois.  Il en est ressorti que les métiers qui m’étaient les plus adaptés étaient ceux de la logistique et celui de paysagiste.  Cela m’a beaucoup plu ! J’ai décidé de me lancer dans la logistique qui est un secteur très porteur. J’ai alors passé des tests pour obtenir une entrée en formation. Je ne les ai pas réussis. J’en ai perdu toute ma motivation d’autant que c’était une condition pour sortir avant la fin de ma détention. Il me restait deux ans à faire. L’aménagement de peine demande de présenter aux autorités judiciaires un projet bien  bâti, cela ne se fait pas comme ça ! 


Christine, y avait-il d’autres solutions ?
Oui. Je lui ai proposé la piste du chantier d’insertion. J’utilise beaucoup l’IAE dans ce contexte. Cela permet de se poser, de se retrouver et de se réhabituer à la vie extérieure. Cela contribue aussi à gérer d’autres éléments importants comme le logement. Ma mission a été de lui obtenir un entretien de recrutement dans un chantier d’insertion spécialisé, à la recherche de paysagistes. Le chantier s’appelle « Déclic » (1). Marie souhaitait une activité extérieure et dynamique ! Après plusieurs  procédures de justice obligatoires, nous avons obtenu une autorisation de sortie de la commission d’application des peines. Ainsi, Marie a pu se rendre à l’entretien de recrutement. Sa candidature a été retenue. Il faut dire qu’elle était vraiment déterminée à réussir !

Comment s’est passée la suite ? 
C’est un vrai travail d’équipe entre la demandeuse d’emploi, la conseillère d’insertion et de probation et la conseillère Pôle emploi. J’ai obtenu une promesse d’embauche auprès du chantier d’insertion qui doit également s’adapter aux délais nécessaires à la prise de poste. En effet, Marie devait repasser en justice pour obtenir un aménagement de peine lui permettant de sortir de prison. Nous avons appuyé ensemble l’intérêt d’un parcours IAE. 

Marie, quels ont été vos arguments devant la commission d’application des peines ?  
J’ai combattu les objections de la commission notamment en temps de trajet car « Déclic » est situé à une heure de Rennes.  Je leur ai laissé le choix. J’aurais pu attendre la fin de ma détention, laisser passer le temps et sortir sans travail ni logement, sans rien ! L’IAE, c’était tout pour moi, l’emploi et le logement ! Avec le soutien du SPIP et de Pôle emploi, j’avais obtenu un appartement auprès d’une association, Alfadi (2),  qui propose plus d’une centaine de logements à prix très modéré pour les personnes en grande difficulté sur Rennes Métropole. Face aux réticences de la commission, j’ai démontré que je rassemblais les conditions d’une véritable réinsertion grâce à l’aide du SPIP, de Pôle emploi  et de leurs  partenaires. C’était le moment de me faire confiance ! J’ai obtenu mon aménagement de peine sous forme de placement extérieur.

Comment s’est passée votre expérience en chantier d’insertion ?
Je me sentais libre, apaisée. J’allais au travail avec enthousiasme. Je me suis adaptée sans souci même si j’étais la seule femme dans un premier temps et que le travail était très physique. Après 10 ans d’enfermement, travailler dans un milieu complètement ouvert, à la campagne, était très agréable. J’ai appris à gérer mon budget aussi. En détention, on ne gère rien ! Techniquement, j’ai appris à débroussailler, élaguer, planter et  traiter les arbres… ! Cela a duré 11 mois.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Pendant mon séjour en chantier d’insertion, j’y rencontrais une conseillère insertion tous les quinze jours. Sa mission est d’aider les personnes embauchées dans le cadre de l’IAE à structurer leur projet professionnel. Elle m’a aidé à construire mon projet de formation en logistique. D’abord par un stage en immersion, ce qui m’a permis de valider mon choix. Puis, j’ai passé des tests pour entrer en formation. J’ai obtenu un taux de réussite de  73 % ! Cette conseillère m’a aidé aussi dans mes moments d’incertitude et de relâchement. 
Aujourd’hui, j’ai terminé l’IAE. Je ne suis plus sous-main de justice depuis avril 2019.  Je suis en formation de technicienne logistique d’entreposage depuis le 24 juin dernier. Grâce à l’appui d’Alfadi, j’ai maintenant mon propre logement. 
Mon objectif est maintenant de travailler en intérim pour acquérir de l’expérience professionnelle puis à terme, occuper un poste de cadre logistique. Sans l’aide dont j’ai bénéficié, je n’y serais pas arrivée. J’ai été entendue et comprise.

Christine, quelles réflexions vous inspire l’exemple de Marie ? 
L’IAE est un «sas». Cela facilite la sortie de détention et permet une réinsertion progressive grâce aussi à la création de liens « dedans et dehors », à la mise en œuvre et à la bonne articulation d’un travail commun entre les acteurs socio-économiques du territoire. Marie peut être extrêmement fière de son parcours. C’est une très belle histoire !

___________________________________________________________________________
Les structures qui relèvent des dispositifs d’IAE peuvent développer leur activité sous forme d'association ou de société commerciale et partagent la double finalité de favoriser l’accès à l’emploi durable des personnes en difficulté sociale et professionnelle et de développer des services commerciaux support à l'insertion dans le recyclage, le nettoyage, le travail temporaire, le transport, le BTP, les espaces verts, la  restauration etc. Ce sont des associations intermédiaires, des ateliers, chantiers et entreprises d’insertion ou des entreprises de travail temporaire d’insertion.

(1) « Déclic », est un chantier d'insertion créé en janvier 1995 par les élus de la communauté de communes du Pays de Bécherel. Une démarche de développement local, qui a permis la création et l'entretien des sentiers de randonnées du Pays, en proposant un volet de réinsertion sociale et professionnelle à des personnes en difficulté, avec une mise en situation de travail. Déclaré d'utilité sociale, le chantier est conventionné par la Direction départementale du travail et de la formation professionnelle.

(2) Depuis 2009, Alfadi est missionnée pour assurer la coordination départementale pour le logement des « sortants de prison ».  Dans le cadre du placement extérieur, la justice donne mandat à Alfadi pour accompagner les personnes. Il n’y a ni bracelet électronique ni horaires imposés. 


Vendredi 27 septembre 2019 tagFocus sur..., tagBretagne
Sur le même sujet
  • Vendredi 12 mars 2021
    L’EMPLOI DES JEUNES, UNE PRIORITE EN BRETAGNE [voir l'actualité]
  • Vendredi 11 décembre 2020
    Pôle emploi, partenaire des entreprises pour accompagner la relance [voir l'actualité]
  • Vendredi 25 septembre 2020
    Au service de l'emploi local, notre partenariat avec les communes et les intercommunalités [voir l'actualité]
  • Vendredi 19 juin 2020
    NOTRE MOBILISATION POUR ACCOMPAGNER LA RELANCE ÉCONOMIQUE EN BRETAGNE [voir l'actualité]
  • Vendredi 6 mars 2020
    NOS ENGAGEMENTS EN MATIÈRE DE RESPONSABILITÉ SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE [voir l'actualité]
Voir toutes les actualités